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Christian Merlhiot
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minor cinéma Christian Merlhiot Les Semeurs de peste
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Les semeurs de peste

Libération
Antoine de Baecque
3 décembre 2003

En pure peste

En 1630, une épidémie de peste ravage Milan. Dans un climat de suspicion, deux hommes sont accusés de répandre la maladie. Interrogés lors d'un procès et torturés à la question, ils finissent par avouer le récit imaginaire des «semeurs de peste» qui auraient barbouillé les murs de la ville d'excréments contagieux. Ils seront exécutés, et leurs corps comme leur histoire serviront d'exutoire à une communauté terrorisée.

Tel est l'argument du film de Christian Merlhiot, 40 ans, ancien de la Villa Médicis, fondateur et animateur du groupe Pointligneplan réunissant les aventuriers qui travaillent entre art contemporain et cinéma. C'est un argument littéral, car le film est d'une rigueur toute straubienne : une heure durant, en plans larges et moyens, fixes et frontaux, des acteurs-récitants viennent lire les actes du procès face à la caméra, assis à une table, devant un micro. L'expérience a quelque chose de terrible et de fascinant, épuré, comme si l'on remontait aux sources d'un livre de Georges Didi-Huberman, l'historien d'art et l'un des récitants du film : retour à la radicalité du témoignage.

 

Les Inrocks
Vincent Ostria
1er janvier 2003

Film procès, (dé)mis en scène avec une sobriété implacable par un disciple des Straub.

Talking Heads, le film. Des têtes, parfois des bustes, parlent, filmés en plan fixe pendant 62 minutes. Le but : donner voix et corps aux actes d’un procès livré en 1630 à Milan à deux pauvres hères accusés d’avoir voulu semer la peste dans la ville. Manière comme une autre de désigner des boucs émissaires pour exorciser la terreur causée par une épidémie. Ils nient d’abord ces accusations farfelues, puis les avouent, se rétractent, se rejettent la faute l’un sur l’autre, cela en fonction de leurs paroles authentiques, recueillies lors du procès et lors des séances de question (torture). Puis ils sont condamnés à la peine de mort la plus cruelle. Rideau. Promoteur du groupe “pointligneplan”, association de défense du “tiers cinéma” cher à Vincent Dieutre (membre du groupe), le cinéaste Christian Merlhiot est par ailleurs membre de la secte straubienne, un fana fondu des pensums jansénistes des Straub-Huillet. Alors, il a voulu en quelque sorte pousser le bouchon plus loin en surenchérissant dans la sobriété. Mais il est en fait moins puriste que ses maîtres, et finit par admettre : “Peu de choses, finalement, unissent mes films aux leurs”. Par exemple, ici, il ne respecte pas la langue originelle du procès, l’italien, et la traduit en français.

On pourrait gloser sur le contenu, trouver des correspondances entre le XVIIe siècle et le nôtre, sur le fonctionnement des rumeurs, par exemple ; voir un parallèle avec des psychoses récentes (l’anthrax ou le Sras, par exemple). Mais c’est un peu bateau. Contentons-nous de considérer ce film comme une intéressante proposition pour théâtraliser l’histoire. Si l’on insufflait ainsi de la vie,du jeu, de la voix, de la chair, à maints grimoires poussiéreux, peut-être nous parleraient-ils plus aujourd’hui. Idée à méditer.

 

Le Monde
Françoise Colombani
5 décembre 2003

Dans ce premier film, Christian Merlhiot reprend les actes d'un procès de 1630, où deux malheureux furent accusés par les Milanais, affligés par une terrible épidémie de peste, de propager la maladie. Le réalisateur fait lire à des interprètes non professionnels les dépositions des deux boucs émissaires. Il les filme de façon frontale aux prises avec ce texte ardu. Au lieu de mener le spectateur à un questionnement anthropologique, cette méthode a raison d'un matériau passionnant et précipite le film dans la monotonie.